AutoCAD dessine maintenant vos blocs à votre place, si, si...

Block Generate with AI : quand on demande à AutoCAD® de dessiner à notre place

Vous êtes assis devant votre écran, un nouveau plan à démarrer, et il vous faut un bloc. Une porte, un fauteuil, une fenêtre coulissante — peu importe, c’est toujours la même corvée. Vous savez déjà ce que vous allez faire : ouvrir une bibliothèque, chercher, ne rien trouver d’exactement adapté, et finir par redessiner l’objet vous-même. Vingt minutes de votre vie, encore. :slightly_smiling_face:

Autodesk® vient d’annoncer que cette corvée pourrait bientôt appartenir au passé. La fonctionnalité s’appelle Block Generate with AI, elle est disponible en avant-première technique sur AutoCAD® Web[1], et son principe tient en une phrase : vous décrivez le bloc que vous voulez, en langage naturel, et l’intelligence artificielle générative (cette technologie qui produit du contenu — texte, image, ou ici géométrie — à partir d’un modèle statistique entraîné sur d’immenses quantités de données) s’occupe du dessin.

Vous allez me dire que ce n’est jamais que la énième déclinaison de l’IA générative appliquée à un logiciel métier, comme si on saupoudrait de l’intelligence artificielle sur tout ce qui traîne pour faire moderne. Je comprends l’objection. Je la partage même, un peu. Mais j’y viens.

Ce que ça fait, concrètement

Vous tapez « un canapé trois places, vue de dessus », et un bloc 2D apparaît dans votre dessin. Vous tapez « une porte battante avec seuil », pareil. L’outil vise les objets courants du quotidien du dessinateur : mobilier, ouvertures, éléments récurrents qu’on redessine dix fois par semaine sans y trouver le moindre plaisir intellectuel. Rien de spectaculaire dans l’ambition, et c’est justement ce qui me rassure.

[!Note]
D’après mes essais, il ne semble possible de créer des objets qu’en vue de dessus. C’est dommage, on aurait aimé créer des objets en élévation, comme par exemple des arbres ou des personnages.

Parce qu’il faut être clair sur un point : personne, chez Autodesk®, ne prétend que l’IA va remplacer votre jugement de dessinateur. Le bloc généré est un point de départ, pas un livrable. Vous gardez la main entière sur la géométrie, vous modifiez, vous ajustez, vous corrigez les approximations — et il y en aura, forcément, parce qu’une IA générative ne connaît pas vos normes de bureau d’études, elle ne connaît que des probabilités de formes.

Un stagiaire très rapide, mais qui ne connaît pas vos habitudes

Voici l’analogie qui me vient : imaginez un stagiaire brillant, capable de sortir un premier jet en trois secondes plutôt qu’en vingt minutes, mais qui débarque tout juste dans votre bureau et n’a jamais vu vos gabarits, vos épaisseurs de trait, vos calques. Ce stagiaire-là vous fait gagner un temps précieux sur l’ébauche. Il ne vous dispense jamais de la relecture. C’est exactement le contrat que propose Block Generate with AI : une base de travail jetée sur la table, à charge pour vous de la rendre conforme.

Et c’est là, à mon sens, que la fonctionnalité se distingue des gadgets qu’on nous a vendus ces dernières années sous l’étiquette « intelligent ». On ne promet pas la magie, on promet l’accélération. La nuance est fine, mais elle change tout.

Une brique de plus dans l’édifice

Cette annonce s’inscrit dans une tendance de fond chez Autodesk® : injecter des flux de travail intelligents à chaque étape du processus de conception assistée par ordinateur, du premier trait jusqu’à la maquette numérique complète. On peut y voir une stratégie cohérente. On peut aussi, avec un peu d’ironie, y voir la course que se livrent tous les éditeurs de logiciels professionnels pour ne pas être le dernier à avoir mis « AI » dans le nom d’un bouton. Les deux lectures ne s’excluent pas.

Reste que pour le dessinateur qui redessine sa cinquantième porte de l’année, l’origine marketing du bouton importe assez peu face au temps qu’il lui fait gagner. On jugera sur pièces, pas sur communiqué de presse.

Le crayon a cédé la place à la souris, la souris cède peu à peu la place au clavier qui décrit plutôt qu’il ne trace. Le geste change, l’exigence de précision, elle, ne bougera jamais d’un millimètre.


[1] Fonctionnalité annoncée par Autodesk® en avant-première technique sur AutoCAD® Web, disponibilité et périmètre susceptibles d’évoluer.

source: https://www.autodesk.com/blogs/autocad/block-generate-with-ai-tech-preview-autocad-on-the-web/

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Le sofa à trois places qui en dit long

Faisons un petit exercice de pensée, voulez-vous. Si AutoCAD® sait dessiner un sofa à trois places, il sait sûrement dessiner un sofa à deux places. Vous allez me dire que c’est une évidence, presque une lapalissade. Et vous avez raison. Mais suivez-moi encore un peu, parce que la vraie question n’est pas là.

La vraie question, c’est : si la machine sait dessiner un sofa à deux places aussi bien qu’à trois, pourquoi s’arrêterait-elle au sofa ? Pourquoi pas la table basse assortie, l’étagère du salon, la pièce entière ? Poussée dans ses retranchements, une intelligence artificielle (IA) capable de comprendre « dessine-moi un canapé » n’a, en théorie, aucune raison de buter sur « dessine-moi un salon ». Ce n’est plus une question de capacité. C’est une question de laisse.

Et c’est précisément là que ça devient intéressant. Parce que l’assistant IA sorti ce printemps avec la nouvelle version d’AutoCAD® n’a pas buté sur un mur technique. Il a buté sur une décision. Quelqu’un, chez Autodesk®, a choisi de le brider, et cette personne — ou ce comité, allez savoir — n’avait strictement aucune raison de le faire, sinon la prudence la plus classique de l’industrie du logiciel : on sort une nouveauté avec une laisse courte, on regarde si le chien mord, et on desserre plus tard.

Je m’explique, parce que je vous sens sceptique. Pourquoi brider un outil qui, par construction, en sait déjà plus qu’il n’en montre ? Eh bien parce qu’un assistant qui dessine un bloc de mobilier, c’est rassurant. Ça rentre dans une case familière : « insertion de bloc paramétrique », presque un gadget. Un assistant qui esquisse un salon entier à partir d’une phrase, en revanche, ça touche à quelque chose de plus sensible — le rôle même du dessinateur, la valeur de la main qui trace. Alors on limite. Pas parce que la machine ne peut pas. Parce qu’on préfère ne pas trop vite montrer qu’elle peut.

Je vous laisse méditer sur cette nuance, elle compte.

On a déjà vécu ça, remarquez. Souvenez-vous du bloc paramétrique lui-même, à ses débuts : une révolution timide, présentée avec des pincettes, pendant qu’en coulisses les développeurs savaient très bien jusqu’où l’outil pouvait aller. L’histoire du logiciel de CAO est pavée de ces petites hypocrisies techniques, et je parle en connaissance de cause. On ne vous donne jamais la pleine puissance d’un coup. On vous la distille, version après version, en habillant chaque palier de nouveauté marketing. La belle affaire !

Alors qu’est-ce que ça change, concrètement, qu’un assistant IA soit bridé « pour de mauvaises raisons » plutôt que par limite réelle ? Tout, en fait. Une limite technique se contourne avec de la patience et des mises à jour. Une limite de politique produit, elle, ne saute que le jour où l’éditeur juge le moment opportun — c’est-à-dire le jour où la concurrence l’y oblige, pas avant. Autodesk® n’a pas breveté la patience de ses utilisateurs.

Et pendant ce temps, qu’est-ce que cet assistant pourrait faire, une fois la laisse retirée ? Dessiner à votre place, oui. Pas encore tout seul du premier coup à la perfection, mais on va y venir, si, si. Comprendre un contexte de projet entier plutôt qu’une commande isolée. Proposer plutôt qu’exécuter. On passerait du dessinateur qui pilote un outil obéissant au dessinateur qui négocie avec un collaborateur qui a des idées. Rien moins que ça.

Je vous laisse donc imaginer, comme je vous le disais en préambule, ce que cet assistant pourrait faire à votre place le jour où quelqu’un, chez Autodesk®, décidera enfin qu’il n’y a plus de raison de faire semblant qu’il ne le peut pas.

Le sofa à trois places n’a jamais été le sujet. Il n’était que la première pièce du salon qu’on ne vous montre pas encore.

Bon, quelques commentaires après quelques essais de cette nouvelle fonctionnalité. Comme indiqué, c’est tout à fait expérimental. Je ne critiquerai donc pas le côté expérimental, mais le fond de la question.

Je lui demande de me faire une table avec six chaises, ce qu’il fait parfaitement. À part que quand j’examine la table, qui est circulaire, ce n’est pas un cercle, c’est une polyligne avec 281 sommets. Ce qui, disons le tout net, enlève tout l’intérêt de la procédure. :roll_eyes:
Je ne vais évidemment pas utiliser cette table dans mes dessins.

Je ne vais pas non plus utiliser les chaises, parce qu’au lieu de faire une chaise sous forme de bloc et d’en faire un réseau, il a fait six chaises qui ne sont pas des blocs. Donc ça n’a aucun intérêt pratique.

On ne peut pas reprocher à l’intelligence artificielle, quel que soit le modèle utilisé, a priori il s’agit de Claude, d’avoir halluciné. Puisque ce sont bien les programmeurs Autodesk qui ont oublié de préciser qu’un objet Cercle était la manière la plus efficace de représenter un cercle dans AutoCAD. :hollow_red_circle:

Je trouve l’idée de cette fonctionnalité intéressante, mais clairement elle n’est pas implémentée correctement par Autodesk. On est assez clairement ici dans le cas de quelques développeurs qui ont profité de cette technologie de l’intelligence artificielle pour faire des expérimentations dans AutoCAD sans considérer qu’il s’agissait d’un logiciel de CAO, car si c’était le cas, on aurait des fonctionnalités qui nous créeraient de vrais cercles déjà. Et par exemple, on peut trouver de multiples exemples, on pourrait demander à cette technologie de nous créer automatiquement des bulles de repérage sur des files structurelles en X et en Y, en créant automatiquement des blocs numérotés de A à Z, ce qui serait un petit peu plus utile. :wink:

Ce n’est qu’un exemple mais je suis sûr que vous en avez beaucoup d’autres en tête. :grinning_face_with_smiling_eyes:

Poussé l’expérimentation un peu plus loin et j’ai demandé à l’assistant d’AutoCAD d’examiner cette table et ces chaises et de me dire ce qu’il en pensait. Et voici son analyse:

Spoiler:

En gros, il me dit que son collègue intelligence artificielle qui a dessiné ces objets aurait pu faire quand même beaucoup mieux. Malheureusement, on se trouve avec un collègue qui aurait pu faire beaucoup mieux, et lui-même, l’intelligence artificielle accessible à l’utilisateur AutoCAD qui ne peut que constater que son collègue aurait pu faire beaucoup mieux, sans lui-même pouvoir faire beaucoup mieux. Sans mauvais jeu de mots, on tourne en rond. :grinning_face_with_smiling_eyes:

Analyse du dessin de table et chaises
Points positifs :
Géométrie précise : Les polylignes sont bien fermées (closed=true) avec des coordonnées précises
Représentation complète : J’identifie une grande table ronde centrale (polyline 57E avec 281 vertices et une grande surface de 553,402 unités²) et plusieurs chaises autour
Cohérence dimensionnelle : Les proportions entre la table et les chaises semblent appropriées
Points d’amélioration pour l’optimisation :

  1. Organisation des calques
    :cross_mark: Problème : Tous les objets sont sur le calque « 0 » (calque par défaut)

Recommandation : Créer des calques séparés comme :
MOBILIER-TABLE pour la table
MOBILIER-CHAISES pour les chaises
Utiliser des couleurs différentes pour faciliter la distinction
2. Utilisation de blocs
:cross_mark: Problème majeur : Les chaises sont dessinées individuellement comme polylignes séparées

Impact : Augmente la taille du fichier et complique les modifications
Solution optimale :
Créer un bloc CHAISE pour une chaise type
Utiliser des références de bloc (BLOCKREFERENCE) pour positionner les chaises
Avantages : fichier plus léger, modifications centralisées, cohérence garantie
3. Complexité géométrique
:warning: À évaluer : Certaines polylignes ont beaucoup de vertices :

Table principale : 281 vertices
Chaise complexe : 234 vertices (57D)
Question : Cette complexité est-elle nécessaire pour le niveau de détail requis ?
4. Standards de dessin
Épaisseur de ligne : Toutes utilisent « Default (0.25 mm) » - considérer des épaisseurs différentes pour hiérarchiser
Type de ligne : Toutes en « Continuous » - approprié pour ce type d’objets
Recommandations d’optimisation :
Créer une structure de calques appropriée
Convertir les chaises en blocs pour optimiser le fichier
Évaluer si la complexité géométrique est justifiée selon l’usage prévu
Standardiser les propriétés (couleurs, épaisseurs) selon vos normes
Le dessin est techniquement correct mais pourrait être significativement optimisé en termes d’organisation et d’efficacité. Souhaitez-vous que je vous aide à implémenter certaines de ces amélio

Mes premiers commentaires sur cette fonctionnalité semblent alignés avec les commentaires d’autres utilisateurs.

commentaires sur le forum AutoCAD anglais: https://forums.autodesk.com/t5/autocad-forum/will-autocad-drafters-soon-be-out-of-work-well-not-just-yet/td-p/14212803