BIM pour architectes : 5 révélations surprenantes pour en finir avec les idées reçues

2022-11-07T00:00:00Z

BIM pour architectes : 5 révélations surprenantes pour en finir avec les idées reçues

[!Success] Débat contradictoire

Introduction

Le passage au « numérique » et l’acronyme BIM vous donnent des sueurs froides ? Pour de nombreux architectes, en particulier au sein de petites structures, cette injonction peut sembler intimidante, coûteuse et complexe. Pourtant, un récent webinaire d’experts du Conseil national de l’Ordre des architectes a révélé une réalité bien différente, plus accessible et pragmatique. Cet article synthétise les cinq révélations les plus surprenantes et contre-intuitives de cette discussion, destinées à déconstruire les mythes et à vous présenter le BIM sous un jour nouveau.

Première révélation : Non, le BIM n’est pas réservé aux grandes agences (et pour cause)

L’un des principaux freins à l’adoption du BIM est l’idée fausse qu’il ne concernerait que les grands groupes dotés de ressources conséquentes. La réalité, chiffres à l’appui, est radicalement différente. Comme l’a rappelé Roland Marquès, conseiller national de l’Ordre, 77% des sociétés d’architecture en France sont composées d’un à deux salariés.

Ce chiffre n’est pas une simple statistique ; c’est le postulat fondamental qui recadre toute la discussion. Comme l’a souligné Roland Marquès, c’est la perspective depuis laquelle il faut aborder toutes les révélations qui suivent. Toute stratégie de transition numérique dans l’architecture doit impérativement partir de cette réalité : la profession est une profession de « petites structures ». Les solutions simples et économiques ne sont pas des exceptions, mais la seule réponse viable aux besoins réels du terrain.

Deuxième révélation : Vous faites probablement déjà du BIM sans le savoir

Un paradoxe ressort des sondages : 52% des architectes interrogés déclarent ne pas utiliser le BIM. Pourtant, cette réponse cache souvent une simple méconnaissance de ce qu’est réellement le processus.

L’explication réside dans les « niveaux de maturité » du BIM. Le Niveau 1, le plus fondamental, ne requiert pas de collaboration externe complexe. Il consiste simplement à utiliser une maquette numérique 3D en interne, pour les propres besoins de l’agence. Concrètement, le simple fait de réaliser des métrés à partir de votre modèle 3D ou d’utiliser un serveur interne pour travailler collaborativement sur la maquette est déjà considéré comme une pratique BIM de Niveau 1.

Conclusion ? Si vous modélisez vos projets en 3D dans votre agence, même sans partager la maquette, vous pratiquez déjà du BIM. Vous êtes, sans le savoir, un « BIM-eur ».

Troisième révélation : Pas besoin de Revit® pour faire du BIM, SketchUp peut suffire

L’autre mythe tenace est celui de l’outil. Beaucoup pensent que le BIM est synonyme de logiciels coûteux et complexes comme Revit®. Le témoignage de l’architecte Patrick Thomas, qui dirige une petite structure, prouve le contraire. Il a mené avec succès de multiples projets en BIM en utilisant des outils jugés plus simples.

Son affirmation, issue de l’expérience terrain, est sans appel :

oui on peut utiliser SketchUp pour faire du BIM oui je sais que ça fait rigoler les copains des grandes agences qui font des logiciels beaucoup plus complexes et sophistiqué mais bien sûr que SketchUp permet de faire du BIM…

L’essentiel n’est pas la complexité du logiciel, mais la rigueur de la méthode. Sur ses projets (maison solaire, usine), la collaboration s’est faite par des échanges de maquettes au format IFC, simplement par courriel, et des captures d’écran annotées. L’objectif était pragmatique : se concentrer sur la coordination des lots critiques comme la charpente et le CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation) pour « anticiper pour mieux construire ».

Quatrième révélation : Le BIM, c’est 20% de technique et 80% d’humain

On pense souvent au BIM comme un défi purement technologique. L’une des plus grandes révélations des experts est que c’est une erreur. La réussite d’un projet BIM dépend moins de la maîtrise logicielle que de l’organisation humaine.

Comme le résume l’expert Olivier Sebenik, il faut « être convaincus que le BIM c’est 20% de techniques 80% d’humains », car « le travail entre nous est bien plus important que tous les paramètres techniques qu’on peut trouver ».

Cette vision est directement corroborée par l’expérience de Patrick Thomas. Il a constaté que, même avec des outils identiques, le facteur déterminant de la réussite était « le niveau de compétence et d’implication des uns et des autres ». Il en livre une preuve saisissante en racontant comment, sur un même projet, le bureau d’études CVC a fourni une maquette parfaite tandis que celle du bureau d’études structure, de qualité inférieure, a dû être entièrement remodelisée par son agence. La technologie était la même ; la différence fut purement humaine.

Cinquième révélation : Le vrai risque juridique n’est pas la technologie, mais l’absence de contrat

La crainte des nouvelles responsabilités juridiques liées au BIM est un frein majeur. Or, comme l’explique le juriste Benoît Gunsley, il n’existe pas de cadre législatif ou réglementaire spécifique au BIM en France.

Puisqu’il n’existe pas de cadre légal spécifique, le contrat devient de fait la loi des parties sur le projet. La sécurité juridique d’une opération BIM ne dépend pas de la technologie, mais de la clarté des engagements pris en amont. Deux documents sont absolument cruciaux :

  1. Le cahier des charges BIM : rédigé par le maître d’ouvrage, il définit ses attentes et ses objectifs.
  2. La convention BIM : rédigée par l’équipe de maîtrise d’œuvre, elle décrit comment l’équipe va répondre à ces attentes (méthodes, outils, processus).

L’avertissement du juriste est clair : se lancer dans une opération BIM sans un cahier des charges précis du maître d’ouvrage représente un « gros warning en matière juridique ». La clé est de définir contractuellement les règles du jeu avant de commencer à jouer.

Conclusion : Et maintenant ?

Loin de l’image d’une révolution technologique intimidante réservée à une élite, le BIM se révèle être avant tout une évolution des méthodes de travail collaboratif. C’est une démarche accessible, pragmatique et adaptable, même pour les plus petites structures, à condition de se concentrer sur l’humain et le contractuel plutôt que sur le seul outil.

La prochaine étape n’est donc peut-être pas technologique, mais collaborative. Les experts du webinaire s’accordent à le dire : l’adoption des plateformes communes constitue « la plus grosse révolution qui arrive ». Alors que ce nouveau mode de travail s’impose, la vraie question n’est plus de savoir si on peut faire du BIM, mais plutôt : votre agence est-elle prête à franchir ce pas, avant tout humain ?