Ce reportage passionnant de Public Sénat, troisième volet d’une série, raconte comment le capitalisme américain a changé depuis les années 80, en passant d’une économie bien régulée à une ère de dérégulation à cause de Ronald Reagan. Il parle aussi de l’émergence et du succès de la Silicon Valley avec des boîtes comme Microsoft, Apple et Google, et de la prophétie de Moore qui a boosté l’innovation tech. Le texte s’intéresse aussi au mythe de l’entrepreneur qui s’est fait tout seul et à l’influence grandissante du libertarianisme dans la culture tech, tout en soulignant que l’État a quand même beaucoup investi dans Internet et d’autres progrès. Enfin, il aborde la concentration des richesses dans les GAFAM, leurs stratégies pour payer moins d’impôts, la crise de 2008, et il essaye de casser l’image d’une réussite uniquement individuelle pour montrer comment ce sont surtout des mécanismes systémiques qui profitent aux élites financières.
Un excellent documentaire, donc, même s’il n’est qu’indirectement lié au sujet de ce site. Il y est question de l’émergence de ce qu’on appelle aujourd’hui les GAFAM, ces géants intrinsèquement liés au capitalisme américain et au mythe fondateur du célèbre garage de la Silicon Valley, symbole de l’initiative privée.
Or, s’il a bien existé quelques garages, l’initiative privée seule aurait-elle jamais pu donner naissance aux GAFAM sans le soutien actif et massif du gouvernement américain? Sans l’argent public, puisé chez ce que certains appellent les « masses populaires » ? Eh oui l’argent ne nait pas de nulle part, même aux Etats-Unis.
Un documentaire à la fois passionnant et salutaire, qui remet en cause quelques mythes tenaces. Comme celui du milliardaire américain, illustré par cette petite histoire qu’on raconte parfois : un jeune homme très pauvre, errant dans les rues de New York, trouve une pomme sur le trottoir. Il la nettoie, la fait briller, et la revend deux fois son prix. Grâce à ce bénéfice extraordinaire, il peut en acheter d’autres, qu’il nettoie et fait briller à leur tour… jusqu’à ce qu’il finisse, bien sûr, par… hériter de la fortune de son père. ![]()