Emmanuel Lechypre et Raphaël Legendre s’affrontent sur la réforme du Compte Personnel de Formation (CPF), et croyez-moi, le sujet est loin d’être aussi technique qu’il en a l’air.
D’un côté, Emmanuel Lechypre. Pour lui, remettre de l’institutionnel dans les parcours pédagogiques, c’est une régression pure et simple. Une vision d’un autre temps, qui sacrifie la liberté individuelle sur l’autel du contrôle. Et je le comprends : dans un monde du travail qui exige des compétences transversales, brider les choix de formation, n’est-ce pas justement passer à côté de ce qui fait la valeur du CPF depuis sa création ?
De l’autre côté, Raphaël Legendre. Et là, on change complètement de registre. Lui regarde la facture. Une facture publique, salée, et pour quel résultat concret en matière de qualifications reconnues ? Pas grand-chose, à l’entendre. La belle affaire, en effet, que cette liberté totale si elle finance en silence des formations dont personne ne sait trop ce qu’elles valent sur le marché du travail.
Vous voyez où le bât blesse. Faut-il réguler la dépense, quitte à déresponsabiliser l’usager qui choisissait librement son parcours jusque-là ? Ou faut-il laisser filer, au risque de voir prospérer des formations plus décoratives qu’utiles ? Les deux hommes ne répondent pas à la même question, et c’est bien ça le problème.
Au fond, cet échange dit une chose simple : on ne peut pas avoir à la fois la liberté totale d’apprendre et l’exigence comptable de l’État. Il va bien falloir choisir son camp. Ou, plus vraisemblablement, apprendre à vivre avec l’inconfort de ne pas trancher.