L’intelligence artificielle, ou la peur de rien
Ma réaction ci-dessous à ce type de débat:
L’éternel débat entre intelligence artificielle et intelligence naturelle. Trois ans que les grands esprits s’y épuisent, et l’on ne peut s’empêcher de constater que cette agitation ressemble fort à une dispute médiévale sur le sexe des anges — beaucoup de bruit, peu de substance.
Tranchons net : aucune machine n’a jamais dominé l’homme. Pas une seule, dans toute l’histoire technique de l’humanité. Les films de science-fiction s’en sont chargés, certes — mais le cinéma n’est pas une prophétie, c’est un divertissement.
La raison en est d’une prosaïque simplicité, que l’envolée des discours philosophiques s’acharne à occulter : la prise de courant. Ce petit dispositif dont dépend, sans exception, l’intégralité de nos machines. Débranchez votre téléviseur — il se tait. Débranchez votre ordinateur — il s’éteint. Débranchez l’intelligence artificielle — elle disparaît. On objectera qu’on ne sait pas où se trouve cette prise. Soit. Mais il en va ainsi de toutes les technologies que nous utilisons quotidiennement et que nous acceptons, par ce fait même, tacitement.
Que les grands maîtres des échecs soient battus par des programmes informatiques depuis quelques décennies — c’est exact. Mais aucun de ces programmes ne fonctionne de façon autonome, sans réseau électrique, sans infrastructure humaine, sans le consentement implicite de ceux qui l’alimentent.
Les cris d’alarme sur un monde bientôt soumis à l’intelligence artificielle sont aussi peu fondés que ceux, entendus après 1945, sur une humanité bientôt asservie par les robots. Ces robots ont existé. Ils n’ont dominé personne.
Ce qui semble en revanche dominer le monde — particulièrement depuis un an — n’est ni l’intelligence artificielle, ni même l’intelligence naturelle. C’est la bêtise. Massive, organisée, souveraine. Nous savons où regarder. Nous savons où est le vrai danger.
