Certains d’entre vous ont utilisé le logiciel gratuit et open source OBS Studio. Ce logiciel permet de faire du streaming, c’est-à-dire de diffuser des vidéos en direct via votre caméra, ainsi que d’enregistrer des vidéos pour des plateformes comme YouTube. OBS Studio offre de nombreuses fonctionnalités, bien que sa prise en main puisse parfois sembler complexe. Toutefois, il est extrêmement puissant et permet de réaliser des effets spéciaux tels que des fonds verts ou de l’incrustation vidéo.
Il est particulièrement utile pour ceux d’entre vous qui souhaitent créer des tutoriels pour des formations ou des présentations sur des chaînes YouTube, notamment pour des logiciels de CAO. Il peut également servir à produire rapidement des vidéos pour les forums Autodesk®, par exemple en réponse à une question.
Je serais intéressé de connaître votre avis sur ce logiciel : quels sont selon vous ses points forts et ses points faibles ? Et si vous utilisez d’autres logiciels similaires, n’hésitez pas à partager votre expérience et vos opinions.
Voici les principales fonctionnalités d’OBS Studio :
Capture et enregistrement d’écran en temps réel: OBS Studio vous permet de capturer l’écran de votre ordinateur en temps réel et de l’enregistrer dans un fichier vidéo.
Diffusion en continu (streaming): Vous pouvez diffuser le contenu capturé en streaming sur différentes plateformes.
Encodage vidéo et audio: OBS Studio utilise des bibliothèques logicielles telles que x264, libmp3lame, libfaac et libsamplerate pour encoder la vidéo en H.264, l’audio en MP3 et AAC, et convertir les flux audio.
Prise en charge du protocole RTMP: La bibliothèque librtmp permet la diffusion en streaming via le protocole RTMP.
Extensibilité via des plugins: La fonctionnalité de plugins d’OBS Studio permet aux utilisateurs d’étendre ses fonctionnalités.
En plus de ces fonctionnalités principales, OBS Studio est multiplateforme (Windows, macOS, Linux), open source et prend en charge plusieurs langues. Il est également important de noter qu’OBS Studio est gratuit à utiliser.
OBS : L’histoire improbable du logiciel qui a révolutionné le streaming
Introduction : La magie cachée de vos streams préférés
Vous êtes-vous déjà demandé, en regardant un stream en direct, comment sont orchestrés en temps réel les changements de caméra, les ralentis ou l’affichage du score ? Derrière cette apparente simplicité se cache une complexité technique digne d’une régie de télévision. Pourtant, la colonne vertébrale de cette révolution numérique n’est pas un logiciel hors de prix développé par une multinationale, mais un projet personnel né dans la chambre d’un joueur en 2012.
Ce logiciel, c’est OBS (Open Broadcaster Software). Ce qui n’était au départ qu’un passe-temps est devenu un outil monstrueux, utilisé par des millions de créateurs, des streamers amateurs aux plus grandes chaînes de télévision. Laissez-nous vous raconter l’histoire de ce véritable miracle de l’open source.
1. Tout a commencé avec un joueur frustré
1.1 Le contexte : streamer du Starcraft en 2012
En 2012, le streaming de jeux vidéo est en plein essor, et un jeu domine la scène : Starcraft. C’est dans ce contexte qu’un développeur connu sous le pseudonyme de « Jim », simple joueur passionné, souhaite diffuser ses propres parties. Mais il se heurte rapidement à un mur : les outils de l’époque ne sont pas à la hauteur de ses attentes.
1.2 Le problème : des outils coûteux et inadaptés
Pour comprendre la frustration de Jim, il faut savoir comment fonctionnait la production vidéo. Traditionnellement, elle reposait sur des « régies finales » : des équipements matériels très coûteux capables de mélanger plusieurs sources vidéo. Des logiciels comme XSplit tentaient de virtualiser ce processus sur un PC.
Cependant, ces outils présentaient une limitation majeure pour les joueurs. Ils étaient conçus pour la vidéo traditionnelle, dont les couleurs sont encodées au format YUV. Or, l’écran d’un ordinateur et les jeux vidéo utilisent un format différent, le RGB. Capturer un jeu avec un logiciel comme XSplit forçait donc une conversion de l’espace colorimétrique gourmande en ressources et totalement inutile pour la capture d’écran, ce qui entraînait de mauvaises performances.
Frustré par les outils existants, Jim a compris qu’il ne devait pas adapter la capture vidéo aux logiciels, mais créer un logiciel pensé pour la capture vidéo. Sa solution ne viendrait pas du processeur principal, mais de la pièce maîtresse de tout PC de jeu : la carte graphique.
2. La première innovation majeure : exploiter la puissance du GPU
2.1 Le « grabbing » sans copie : une idée de génie
L’idée fondamentale qui a fait le succès initial d’OBS est d’une simplicité redoutable : exploiter la puissance de la carte graphique (GPU) et y confiner l’intégralité du traitement vidéo.
Pour simplifier, imaginez que le processeur principal de votre ordinateur (CPU) est un artisan polyvalent, capable de tout faire mais pas toujours très vite sur des tâches répétitives. Le processeur de votre carte graphique (GPU), lui, est une armée d’ouvriers spécialisés qui effectue des opérations simples, mais sur des milliers de pixels en même temps. Techniquement, le GPU est un « calculateur vectoriel » : il est conçu pour effectuer la même opération sur d’immenses ensembles de données simultanément, ce qui le rend parfait pour la vidéo.
L’innovation d’OBS a été de « capturer » l’image du jeu et de la traiter directement à l’intérieur de la carte graphique, sans jamais la transférer vers la mémoire principale de l’ordinateur, un processus très lent.
2.2 L’impact sur les performances : le vrai changement pour les joueurs
Cette approche a apporté des bénéfices immédiats et décisifs pour les joueurs.
Performance du jeu préservée : L’impact sur les performances du jeu est minime (environ 1%). Ceci est possible car l’encodage est géré par une puce dédiée (un DSP, Digital Signal Processor) sur la carte graphique, qui est distincte des circuits de rendu principaux utilisés par le jeu lui-même. Le jeu reste fluide.
Qualité professionnelle accessible : Pour la première fois, il était possible d’atteindre une qualité de diffusion professionnelle avec un coût nul, sur un simple PC de jeu. Le streaming n’était plus réservé à ceux qui pouvaient investir dans du matériel coûteux.
Flexibilité créative : Cette approche entièrement logicielle a ouvert la porte à des effets visuels (comme les bords arrondis sur une vidéo) qui étaient extrêmement complexes, voire impossibles, à réaliser avec les mélangeurs matériels traditionnels.
Le goulot d’étranglement de la performance étant brisé, OBS n’était plus seulement un outil fonctionnel ; il est devenu une toile vierge pour une seconde révolution, encore plus profonde.
3. La deuxième révolution : le navigateur web comme toile de création
3.1 Un concept contre-intuitif : intégrer Chrome dans OBS
La seconde innovation majeure d’OBS peut paraître étrange : intégrer un navigateur web, comme Chrome, directement dans le logiciel. L’idée est de traiter une page web comme un « calque » dans un logiciel de retouche d’image tel que Photoshop. Cette prouesse technique a été rendue possible grâce à un projet nommé le Chrome Embedded Framework.
3.2 La démocratisation des « overlays » dynamiques
Cette intégration a radicalement changé la manière de créer des habillages graphiques (les « overlays »). Elle a mis des outils de création puissants entre les mains de millions de personnes.
Avant l’intégration du navigateur
Avec l’intégration du navigateur
Nécessite des logiciels coûteux (ex: suite Adobe) et des compétences techniques en C++.
N’importe qui avec des connaissances de base en technologies web (HTML, JavaScript) peut créer des animations.
Processus complexe et rigide.
Permet de récupérer des données du web en temps réel (ex: chat Twitch, alertes de dons) et de les afficher directement dans le stream.
Créativité limitée aux outils professionnels.
Créativité illimitée grâce à l’immense écosystème d’outils et de librairies web existants.
Un exemple simple illustre cette révolution : l’affichage du chat Twitch en direct sur l’image. Aujourd’hui banale, cette fonctionnalité était un véritable enfer à mettre en place auparavant. Avec OBS, il suffisait de créer une petite page web qui se connectait à l’API de Twitch.
Cette ouverture a attiré une communauté de développeurs passionnés qui allaient démultiplier les capacités du logiciel bien au-delà de ce que son créateur aurait pu imaginer.
4. La force de l’Open Source : un écosystème sans limites
4.1 Une boîte à outils collaborative
Le modèle open source d’OBS a été le moteur de son évolution fulgurante. Le projet est devenu une base modulaire, une sorte de boîte à outils sur laquelle n’importe qui pouvait venir greffer de nouvelles fonctionnalités. Cette modularité permettait à la communauté d’ajouter non seulement de nouvelles entrées (sources), mais aussi de nouvelles sorties. Par exemple, un plugin pouvait permettre de diffuser en direct sur Twitch tout en enregistrant simultanément une version de bien meilleure qualité en local, une flexibilité immense pour les créateurs.
4.2 Des plugins qui repoussent les frontières
L’écosystème de plugins d’OBS illustre parfaitement la puissance de cette approche collaborative.
Automatisation et contrôle à distance : Le plugin OBS Web Socket permet de piloter OBS via le réseau. Cela a ouvert la voie à des outils comme les Stream Decks (des claviers de raccourcis) ou même à des régies entièrement automatisées par l’IA, comme le projet « Gabin » qui change de caméra en analysant qui parle.
Intelligence Artificielle en local : Des plugins intègrent des modèles d’IA directement sur le PC du streamer. Local Vocal, par exemple, effectue une transcription en temps réel de ce qui est dit, tandis que d’autres peuvent censurer automatiquement les gros mots en les « bipant » en direct.
Création d’avatars virtuels (VTubing) : La combinaison de filtres, de suivi du visage (face tracking) et d’intégration avec des moteurs 3D permet aux créateurs de s’incarner en personnages virtuels, un phénomène aujourd’hui très populaire.
4.3 Le modèle économique
Comment un projet aussi crucial est-il financé ? La réponse est multiple.
« Scratch an itch » : Le principe de base de l’open source. De nombreux développeurs ajoutent une fonctionnalité simplement parce qu’ils en ont besoin.
Sponsorings sporadiques : Des géants comme Nvidia ou Intel financent ponctuellement le développement de fonctionnalités qui mettent en valeur leurs nouveaux produits.
Soutien des plateformes : Plus récemment, des plateformes dont le succès dépend d’OBS (Twitch, YouTube) et des fabricants de matériel (Logitech) sont devenus des sponsors réguliers, assurant une meilleure stabilité financière au projet.
Mais cette explosion de succès et son modèle radicalement ouvert allaient inévitablement attirer des intérêts commerciaux, menant au conflit le plus public et le plus douloureux du projet.
5. Le drama Streamlabs : quand la communauté gronde
L’affaire « Streamlabs OBS » est le drama le plus connu de l’histoire du projet. Voici comment il s’est déroulé :
L’origine : Streamlabs était au départ un simple plugin pour OBS. Son but était de proposer une interface simplifiée pour les débutants, rebutés par la complexité de l’outil original.
L’évolution : Progressivement, Streamlabs a développé sa propre interface (basée sur la technologie Electron) qui venait se superposer et « cacher » OBS. Ils ont ainsi créé un logiciel à part entière, beaucoup plus lourd en ressources, mais qui utilisait toujours le moteur d’OBS en coulisses.
La controverse : Le cœur du problème fut l’utilisation du nom « OBS » dans leur marque : Streamlabs OBS. Cette appellation créait une confusion, laissant croire qu’il s’agissait d’un produit officiel. Or, la communauté reprochait à Streamlabs de profiter de la notoriété et du travail de l’équipe d’OBS sans réinjecter suffisamment de valeur ou de financement dans le projet open source original.
Si la réaction de la communauté a été virulente, la cause profonde n’était pas tant la malveillance que le reflet d’un conflit classique de l’open source. Une entité commerciale, devenue « trop avare » selon les observateurs, a capitalisé sur un projet communautaire sans respecter ni réinvestir suffisamment en retour. Cette incapacité à intégrer et à rémunérer la communauté de base a créé une dynamique « eux contre nous » qui aurait pu être évitée. Face à la pression, Streamlabs a finalement retiré « OBS » de son nom.
Conclusion : Plus qu’un logiciel, un mouvement
Parti d’une astuce de GPU ingénieuse pour streamer une partie de Starcraft sans ralentissements, OBS a évolué pour devenir une plateforme révolutionnaire bâtie sur les technologies du web. Son histoire est celle d’une transformation spectaculaire qui a démocratisé la création de contenu vidéo en direct, brisant les barrières techniques et financières.
OBS est aujourd’hui bien plus qu’un logiciel. Il est la preuve vivante qu’une communauté mondiale de développeurs passionnés peut construire un outil plus flexible, plus puissant et plus innovant que n’importe quelle alternative commerciale, changeant au passage les règles du jeu pour des millions de créateurs à travers le monde.